On est au mariage. Tout le monde rit, tout le monde pose pour les photos. Des zakouskis, des coupes circulent dans la foule. Les pieds dans le gazon, sous le soleil de fin de saison, je m'éclipse, je fais un tour. Je ne le sais pas mais tu me guettes. Tu m'espionnes, comme un gamin espionne sa belle. Tu me suis à la trace et je ne remarque rien. Il y a juste moi, les bulles et les fleurs...
Fin de journée, tout le monde est repu. On a mangé, on a bien bu. C'est l'heure du café et je sors prendre l'air. Le soleil en phase descendante. Le vent se lève, caresse mes mains. Je regarde les gosses qui jouent sur la pelouse, les genoux tout verts, ce sont leurs mères qui vont se réjouir! Tu fumes ta cigarette avec les autres. Je te regarde, je t'observe. Mon regard a trouvé son objet, je ne vois plus rien d'autre. Le contour de ta bouche qui se meut quand tu parles, tes fossettes qui se creusent quand tu ris. Le son de ton rire qui séduit mes oreilles... Un coup d'oeil : grillée! Mon regard fuit, se dérobe. Et toi, tu souris. Finalement, moi aussi...
Fin de soirée, tous ont bien bu. Tu es à la table d'honneur, en bonne compagnie, prêt à pousser les tables pour démarrer la nuit. Assise à ma table, celle des inclassables, dans un coin, je m'ennuie. Un verre après l'autre, selon les points de vue, calme ou attise mes envies. Les danses commencent : mélange de générations. Des trois pommes aux trois cannes, tout le monde rit, grisé par l'ambiance. La musique nous enivre, les rythmes se succèdent. Nos deux corps se frôlent par intermittence, plongés dans cette foule. Ton regard s'attarde sur mes courbes et je feins de ne rien voir. Mais au fond, je me délecte de ce désir notoire. Une risette, des joues rouges, cependant, me trahissent...
Echaudée, enivrée, j'euphorise et je sors me rafraîchir dans la nuit du parc. Sortie sans réfléchir, je grelotte de froid. Dame Lune est bien moins chaleureuse que son collègue du jour. Soudain, une sensation chaude, la douceur du cashmere, une subtile odeur de musc et des mains sur mes épaules. Je tressaute. Jamais nos deux corps, nos coeurs, ne s'étaient cotoyés de si près sans qu'il n'y ait de témoins. Si longtemps que j'attends ce moment, et pourtant, je suis convaincue que tout cela est insignifiant. Mais, tu me regardes, tu souries tendrement. C'est, en tout cas, l'impression que j'ai dans la pénombre ambiante. Je te remercie et tu bafouilles quelque chose d'incompréhensible. Peu importe. Nous n'avons pas besoin de mots. Nos yeux parlent la même langue depuis des années, sans jamais oser pourtant. Nos mains se mettent à se découvrir à leur tour. Tes mains sur mes hanches continuent leur exploration. Les miennes, avides et pourtant timides, tâtonnent un peu, mais très vite, prennent à leur tour leur élan. Nos langues se délient, non pas pour parler mais pour s'aborder, elles aussi. Ton souffle s'entremêle au mien. Il fait froid et pourtant mon corps bouillonne. Le vent sur mes seins, quand ce ne sont pas tes lèvres ou tes mains. La chaleur de ton corps peu à peu se diffuse. Je te sens fort, enivré mais présent. Oui, bien présent. Conscient? Je l'espère! En tout cas, moi, je le suis. Je déguste chaque instant de ce moment, rêvé si souvent. Combien de scénarii n'ont pas hanté mes nuits, mes jours? Chaque fois que je reviens au pays, le désir se ravive, la flamme reprend. Je ne vois que toi et, dans le fond, je sais que c'est pareil pour toi. Amour ou désir, je ne sais trop choisir. Je crois que ce qui nous lie est indéfinissable. Jamais nous ne pourrons le vivre au grand jour. Tu as ta vie, ta famille, que tu aimes plus que tout au monde. J'ai dix ans de moins et je vis à plus de 1000 km de chez toi. Tu as fini par te faire une raison car la vie a ses raisons que nos coeurs n'ignorent mais aimeraient tant pouvoir. C'est le cas, juste là, maintenant. Juste toi et moi. Dans cette fraîcheur insignifiante, à quelques pas de la piste de danse, de ta femme et de mon homme... Rien de terrible en somme.
Short fiction written on Tuesday, January 9, 2007.Fin de journée, tout le monde est repu. On a mangé, on a bien bu. C'est l'heure du café et je sors prendre l'air. Le soleil en phase descendante. Le vent se lève, caresse mes mains. Je regarde les gosses qui jouent sur la pelouse, les genoux tout verts, ce sont leurs mères qui vont se réjouir! Tu fumes ta cigarette avec les autres. Je te regarde, je t'observe. Mon regard a trouvé son objet, je ne vois plus rien d'autre. Le contour de ta bouche qui se meut quand tu parles, tes fossettes qui se creusent quand tu ris. Le son de ton rire qui séduit mes oreilles... Un coup d'oeil : grillée! Mon regard fuit, se dérobe. Et toi, tu souris. Finalement, moi aussi...
Fin de soirée, tous ont bien bu. Tu es à la table d'honneur, en bonne compagnie, prêt à pousser les tables pour démarrer la nuit. Assise à ma table, celle des inclassables, dans un coin, je m'ennuie. Un verre après l'autre, selon les points de vue, calme ou attise mes envies. Les danses commencent : mélange de générations. Des trois pommes aux trois cannes, tout le monde rit, grisé par l'ambiance. La musique nous enivre, les rythmes se succèdent. Nos deux corps se frôlent par intermittence, plongés dans cette foule. Ton regard s'attarde sur mes courbes et je feins de ne rien voir. Mais au fond, je me délecte de ce désir notoire. Une risette, des joues rouges, cependant, me trahissent...
Echaudée, enivrée, j'euphorise et je sors me rafraîchir dans la nuit du parc. Sortie sans réfléchir, je grelotte de froid. Dame Lune est bien moins chaleureuse que son collègue du jour. Soudain, une sensation chaude, la douceur du cashmere, une subtile odeur de musc et des mains sur mes épaules. Je tressaute. Jamais nos deux corps, nos coeurs, ne s'étaient cotoyés de si près sans qu'il n'y ait de témoins. Si longtemps que j'attends ce moment, et pourtant, je suis convaincue que tout cela est insignifiant. Mais, tu me regardes, tu souries tendrement. C'est, en tout cas, l'impression que j'ai dans la pénombre ambiante. Je te remercie et tu bafouilles quelque chose d'incompréhensible. Peu importe. Nous n'avons pas besoin de mots. Nos yeux parlent la même langue depuis des années, sans jamais oser pourtant. Nos mains se mettent à se découvrir à leur tour. Tes mains sur mes hanches continuent leur exploration. Les miennes, avides et pourtant timides, tâtonnent un peu, mais très vite, prennent à leur tour leur élan. Nos langues se délient, non pas pour parler mais pour s'aborder, elles aussi. Ton souffle s'entremêle au mien. Il fait froid et pourtant mon corps bouillonne. Le vent sur mes seins, quand ce ne sont pas tes lèvres ou tes mains. La chaleur de ton corps peu à peu se diffuse. Je te sens fort, enivré mais présent. Oui, bien présent. Conscient? Je l'espère! En tout cas, moi, je le suis. Je déguste chaque instant de ce moment, rêvé si souvent. Combien de scénarii n'ont pas hanté mes nuits, mes jours? Chaque fois que je reviens au pays, le désir se ravive, la flamme reprend. Je ne vois que toi et, dans le fond, je sais que c'est pareil pour toi. Amour ou désir, je ne sais trop choisir. Je crois que ce qui nous lie est indéfinissable. Jamais nous ne pourrons le vivre au grand jour. Tu as ta vie, ta famille, que tu aimes plus que tout au monde. J'ai dix ans de moins et je vis à plus de 1000 km de chez toi. Tu as fini par te faire une raison car la vie a ses raisons que nos coeurs n'ignorent mais aimeraient tant pouvoir. C'est le cas, juste là, maintenant. Juste toi et moi. Dans cette fraîcheur insignifiante, à quelques pas de la piste de danse, de ta femme et de mon homme... Rien de terrible en somme.


4 comments:
Waouh, c'est toi qui a écris cette merveille? si oui, plaque tes études et lance-toi! Si non, donne-moi le nom de l'auteur, please...
Yes I wrote it. And I'm happy someone seems to like it. Thanks.
Share your writing skills with us more often please!
PS: Freely inspired by personal story or just result of your imagination? :)
Well.. I'd say a bit of both. I was bored at a mariage and started to imagine a story. But nothing of this has really happened to me, if that's what you're asking ;-)
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