Sunday, September 27, 2009

Prise au piège


Il avait ce regard... Vous savez, ce regard qui vous glace sur place et, en même temps, vous met à l'aise, vous rassure. Le genre de regard troublant, à un point qu'il vous donne l'impression que vous l'avez toujours connu bien que ce soit la première fois que vous le voyez. Non seulement, il détenait ce regard mais il savait surtout en faire bon usage. Des yeux qui bifurquent aux moments stratégiques d'une conversation. Des yeux sachant passer, d'un battement de cils, du rire à la mélancolie. Ces yeux qui vous confient bien plus de secrets en une seconde qu'en des années de dialogue. L'effet fut instantané, ça n'a pas manqué. A peine croisés, ces yeux me clouèrent, m'enracinèrent, me désarmèrent et me séduisirent. Pas le temps de réagir, pas même le temps de saisir ce qui se tramait. Il était déjà trop tard, j'étais tombée dans ses filets. Tel un sort, l'effet fut foudroyant.

Ensuite, ce fut au tour de sa bouche d'entrer en scène. Des lèvres au tracé parfait, légèrement humectées, le strict nécessaire afin d'attirer l'attention sur elles. Elles aussi étaient douées, tantôt lascives, tantôt nerveuses, selon le flux de mots s'en écoulant. Elles s'étiraient, à l'occasion, en un sourire irrésistible pour laisser place à un éclat de rire à vous faire fondre sur place. Mordillées, pincées, tourmentées, étonnées, désorientées, interloquées, elles excellaient dans leur manège et il ne fallut pas grand chose de plus pour me faire plier. Juste un rien.

Rien que deux mains. Des mains d'homme, masculines, mais bien dessinées, aux traits fins et graciles et pourtant, puissantes et rocailleuses. Ce sont ses mains qui m'auront donné le coup de grâce. Posées sagement sur ses bras, passant songeuses le long des angles de son visage, entrelacées sous son menton et attentives à mes dires, ou encore fougueusement emportées dans un élan de conviction de leur propriétaire, ou tout simplement douces, voire faillibles, lorsque ce n'est que par elles que leur maître décide inconsciemment de laisser filtrer ses émotions.

Ce sont ces yeux, puis ces lèvres, et enfin, ces mains qui m'auront séduite. Il n'en aura fallu que peu finalement. En quelques minutes, le mal était fait. Je devais bien m'y résoudre, j'étais vaincue. Mon imaginaire commençait alors à voguer vers d'autres lieux. Un pays où cet intense regard s'égarerait avec désir sur mes courbes, où ces lèvres divagueraient, un peu perdues dans le flot entremêlé de mes paroles et mes volutes de parfum, et où enfin, ces mains se laisseraient courir sur mon corps, incontrôlables et pourtant expertes... D'autres lieux où, en somme, il succomberait enfin à mon charme comme, moi-même, j'étais en train de succomber au sien.

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