Elle haletait, suffoquait presque. elle avait beau s'être préparée à ce moment, elle se sentait perdre pied, chaque seconde un peu plus. Mais comment se prépare-t-on à ce genre de choses, d'ailleurs ? C'est simple : on ne s'y prépare pas. 20 ans. Tellement de temps, tellement d'années pourtant si vite écoulées. A bien y repenser, c'était comme si c'était hier ...
Elle ne l'avait plus vu et n'avait plus eu signe de vie de sa part depuis 20 ans. Et pourtant, même au milieu de cette foule dense, il ne lui fallut pas plus d'un quart de seconde pour le repérer. Ce regard était resté gravé sur sa rétine. Comment aurait-elle pu oublier ces yeux ? Jamais plus elle n'avait trouvé pareille intensité dans un regard depuis. Et voilà qu'aujourd'hui, ces yeux se posaient sur elle à nouveau. Cela aurait certainement dû la rassurer, mais elle ne fut que d'autant plus emportée par la panique. Le voilà qui approchait et, à chacun de ses pas, elle sentait son coeur battre à tout rompre, comme s'il s'apprêtait à jaillir de sa poitrine à tout instant. Elle se dit alors qu'elle n'aurait jamais dû venir, que c'était probablement la pire décision qu'elle ait jamais prise. Tout se chamboulait dans sa tête, elle ne parvenait plus à réguler son souffle, les gouttes de sueur commençaient à perler sur son front, sous sa frange, et elle les sentait couler progressivement le long de ses tempes, lourdes et accusatrices. De quoi avait-elle l'air ?! Plus il s'approchait plus elle regrettait de lui avoir cédé. Elle s'était pourtant bien juré qu'il ne ferait plus jamais partie de sa vie !
Mais mêlée à cette peur, elle sentait l'adrénaline s'emparer d'elle. L'excitation qu'elle ressentait ressemblait à celle qu'on éprouve lorsque l'on retrouve un être cher après trop longtemps et qu'on a tellement de choses à lui raconter, qu'on se demande par où on va bien pouvoir commencer, si bien que le moment venu de s'exprimer, aucun mot ne nous vient à la bouche, et que la seule façon alors de témoigner notre joie et notre soulagement, est de tomber, vulnérable et apaisé, dans les bras de cette personne ... Elle avait tant de choses à lui dire ! Ou peut-être que non, peut-être valait-il mieux garder le silence sur ces 20 dernières années. Avait-elle réellement envie de savoir ce qu'il avait fait ? Qui il avait rencontré ? S'il s'était marié ? S'il avait fait la carrière dont il rêvait à l'époque ? S'il avait eu des enfants, voyagé ? Ce qu'il avait vécu ? Si à un moment de sa vie, il avait galéré et failli perdre tout ce pour quoi il s'était toujours battu ? ... Voulait-elle vraiment savoir si la vie l'avait complètement éloigné d'elle ? Elle était loin d'en être sûre. Elle préférait se raccrocher à celui qu'elle avait gardé en mémoire. Un homme assez ordinaire, ni triste ni heureux, en proie aux doutes, comme chacun d'entre nous, mais malgré tout, hors du commun. Un homme qui vivait tout ce qu'il faisait de tout son être, qui s'impliquait au plus profond de lui-même dans chacun de ses actes. C'est ça qui lui avait plu chez lui. Et, à la vue de ce regard aujourd'hui, toujours aussi désarmant qu'il y a 20 ans, elle était rassurée de constater qu'au moins ça, ça n'avait pas changé.
Il ne se trouvait plus désormais qu'à une dizaine de pas d'elle et l'air lui manquait plus que jamais. Encore quelques pas et elle faiblirait, elle le sentait. Ses jambes commençaient déjà à trahir son trac. Rongées par la crainte, elles tremblaient et faisaient vaciller son corps tout entier. Oh mon Dieu ! Il était là ! Encore quatre pas, trois pas, deux pas ! Ca y est, il se trouvait face à elle. L'instant avait lieu maintenant. Elle pouvait presque sentir son souffle sur son visage. Les gens grouillaient autour d'eux mais ils se tenait face à elle, imperturbable. Il la regardait aussi intensément qu'avant. Elle s'était dit, pendant tout ce temps, qu'une fois que l'instant arriverait, cet instant où ils se trouveraient nez à nez, elle saurait quoi faire, que tout deviendrait clair, mais au contraire, tout continuait de se bousculer dans son esprit et cette cacophonie lui donnait le vertige. A cet instant-même, elle n'avait qu'une envie, celle de crier à plein poumons et disparaître ... Il fallait qu'elle lui parle. Mais dis quelque chose, bon sang ! Il devait sûrement la prendre pour une folle : son regard ne cessait de bifurquer dans toutes les directions, sauf la plus évidente. Mais elle était incapable de soutenir son regard. Que faire ? Et c'est alors que, sans réfléchir, sa tête semblant s'être vidée d'un seul coup, elle s'entendit lui dire bonjour. Tout était calme. Ils avaient beau se trouver au milieu d'une fête foraine, d'une seconde à l'autre, ce fut comme s'ils s'étaient retrouvés plongés au fin fond de l'océan, cernés par un silence de plomb. Tout ce qu'elle entendait était sa propre voix, lointaine, mais posée et confiante. "Bonjour". Il n'y aura donc eu ni étreinte soulagée ni froideur contenue. Un simple bonjour comme on en lance quotidiennement aux connaissances que l'on croise. Ni plus. Ni moins.
Après une seconde où le temps fut suspendu, il lui sourit. Les bruits environnants reprirent leurs dimensions habituelles, la fête foraine reprenant ses droits, et ils se mirent, le plus naturellement du monde, à marcher côte à côte dans cette foule, comme ils l'avaient fait exactement 20 ans auparavant.
Elle ne l'avait plus vu et n'avait plus eu signe de vie de sa part depuis 20 ans. Et pourtant, même au milieu de cette foule dense, il ne lui fallut pas plus d'un quart de seconde pour le repérer. Ce regard était resté gravé sur sa rétine. Comment aurait-elle pu oublier ces yeux ? Jamais plus elle n'avait trouvé pareille intensité dans un regard depuis. Et voilà qu'aujourd'hui, ces yeux se posaient sur elle à nouveau. Cela aurait certainement dû la rassurer, mais elle ne fut que d'autant plus emportée par la panique. Le voilà qui approchait et, à chacun de ses pas, elle sentait son coeur battre à tout rompre, comme s'il s'apprêtait à jaillir de sa poitrine à tout instant. Elle se dit alors qu'elle n'aurait jamais dû venir, que c'était probablement la pire décision qu'elle ait jamais prise. Tout se chamboulait dans sa tête, elle ne parvenait plus à réguler son souffle, les gouttes de sueur commençaient à perler sur son front, sous sa frange, et elle les sentait couler progressivement le long de ses tempes, lourdes et accusatrices. De quoi avait-elle l'air ?! Plus il s'approchait plus elle regrettait de lui avoir cédé. Elle s'était pourtant bien juré qu'il ne ferait plus jamais partie de sa vie !

Mais mêlée à cette peur, elle sentait l'adrénaline s'emparer d'elle. L'excitation qu'elle ressentait ressemblait à celle qu'on éprouve lorsque l'on retrouve un être cher après trop longtemps et qu'on a tellement de choses à lui raconter, qu'on se demande par où on va bien pouvoir commencer, si bien que le moment venu de s'exprimer, aucun mot ne nous vient à la bouche, et que la seule façon alors de témoigner notre joie et notre soulagement, est de tomber, vulnérable et apaisé, dans les bras de cette personne ... Elle avait tant de choses à lui dire ! Ou peut-être que non, peut-être valait-il mieux garder le silence sur ces 20 dernières années. Avait-elle réellement envie de savoir ce qu'il avait fait ? Qui il avait rencontré ? S'il s'était marié ? S'il avait fait la carrière dont il rêvait à l'époque ? S'il avait eu des enfants, voyagé ? Ce qu'il avait vécu ? Si à un moment de sa vie, il avait galéré et failli perdre tout ce pour quoi il s'était toujours battu ? ... Voulait-elle vraiment savoir si la vie l'avait complètement éloigné d'elle ? Elle était loin d'en être sûre. Elle préférait se raccrocher à celui qu'elle avait gardé en mémoire. Un homme assez ordinaire, ni triste ni heureux, en proie aux doutes, comme chacun d'entre nous, mais malgré tout, hors du commun. Un homme qui vivait tout ce qu'il faisait de tout son être, qui s'impliquait au plus profond de lui-même dans chacun de ses actes. C'est ça qui lui avait plu chez lui. Et, à la vue de ce regard aujourd'hui, toujours aussi désarmant qu'il y a 20 ans, elle était rassurée de constater qu'au moins ça, ça n'avait pas changé.
Il ne se trouvait plus désormais qu'à une dizaine de pas d'elle et l'air lui manquait plus que jamais. Encore quelques pas et elle faiblirait, elle le sentait. Ses jambes commençaient déjà à trahir son trac. Rongées par la crainte, elles tremblaient et faisaient vaciller son corps tout entier. Oh mon Dieu ! Il était là ! Encore quatre pas, trois pas, deux pas ! Ca y est, il se trouvait face à elle. L'instant avait lieu maintenant. Elle pouvait presque sentir son souffle sur son visage. Les gens grouillaient autour d'eux mais ils se tenait face à elle, imperturbable. Il la regardait aussi intensément qu'avant. Elle s'était dit, pendant tout ce temps, qu'une fois que l'instant arriverait, cet instant où ils se trouveraient nez à nez, elle saurait quoi faire, que tout deviendrait clair, mais au contraire, tout continuait de se bousculer dans son esprit et cette cacophonie lui donnait le vertige. A cet instant-même, elle n'avait qu'une envie, celle de crier à plein poumons et disparaître ... Il fallait qu'elle lui parle. Mais dis quelque chose, bon sang ! Il devait sûrement la prendre pour une folle : son regard ne cessait de bifurquer dans toutes les directions, sauf la plus évidente. Mais elle était incapable de soutenir son regard. Que faire ? Et c'est alors que, sans réfléchir, sa tête semblant s'être vidée d'un seul coup, elle s'entendit lui dire bonjour. Tout était calme. Ils avaient beau se trouver au milieu d'une fête foraine, d'une seconde à l'autre, ce fut comme s'ils s'étaient retrouvés plongés au fin fond de l'océan, cernés par un silence de plomb. Tout ce qu'elle entendait était sa propre voix, lointaine, mais posée et confiante. "Bonjour". Il n'y aura donc eu ni étreinte soulagée ni froideur contenue. Un simple bonjour comme on en lance quotidiennement aux connaissances que l'on croise. Ni plus. Ni moins.
Après une seconde où le temps fut suspendu, il lui sourit. Les bruits environnants reprirent leurs dimensions habituelles, la fête foraine reprenant ses droits, et ils se mirent, le plus naturellement du monde, à marcher côte à côte dans cette foule, comme ils l'avaient fait exactement 20 ans auparavant.

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