Wednesday, December 14, 2011

Le long périple d'un jeune diplômé en quête d'emploi


Allez un post en français, une fois n'est pas coutume... Le mémoire de master est fini, rendu, défendu. La cérémonie de proclamation semble déjà bien loin dans les mémoires, tout comme ce grade qui me sera tout juste passé sous le nez. Mais franchement, qu'est-ce que ça peut bien faire finalement?
Non, maintenant, c'est une toute autre aventure dans laquelle j'ai dû me lancer depuis déjà presque 3 mois : la recherche du Premier Emploi. Des majuscules oui, car il s'agit d'une denrée rare. Autant dire que la quête s'apparente à la recherche d'une aiguille dans une botte de foin, comme dit le dicton. A qui s'adresser? Répondre à des annonces? Envoyer des candidatures spontanées? Oui mais à qui? S'inscrire dans les bureaux de recrutement, oui? non? Comment écrire LA lettre de motivation qui tue? Comment se vendre pour sortir du lot des 150 autres candidats qui se présenteront au poste avec un profil, dans les grandes lignes, quasiment identique au vôtre? Bref un parcours long et éreintant, parsemé d'embûches et sinué de méandres, on se croirait presque dans le Seigneur des Anneaux, même si l'on espère secrètement qu'on aura pas besoin d'autant de tomes pour arriver au bout du chemin.
J'entends souvent autour de moi dire que "la recherche d'emploi est un job à plein temps", c'est pas si faux. Ca bouffe du temps mais surtout, ça vous bouffe toute votre énergie et, il faut savoir garder le cap pendant la tempête pour ne pas se faire souffler du navire en cas de gros vent. Car oui, le plus difficile finalement est de garder espoir, garder confiance, que dans le fond, on vaut quelque chose, qu'on est la perle rare qu'une boîte recherche mais ne le sait peut-être pas encore. Il faut quotidiennement se répéter et se convaincre qu'on est pas pas assez connectée, pas trop grosse, pas pas assez blonde, pas trop casual, pas trop indépendante d'esprit, pas pas assez bouffeuse de lion, pas inadaptée au marché, pas trop nulle, pas à côté de la plaque et qu'on aurait dû étudier autre chose, pas "que" trilingue, et j'en passe...
Y'a des matins plus faciles que d'autres et en hiver, je sais pas, c'est peut-être le manque de luminosité, mais ils ont tendance à se faire plus rares. C'est alors que le doute, doucement mais sûrement, commence à vous narguer. Il vous fait de l'oeil, de loin, mais jamais de si loin finalement. Et putain qu'il est chiant quand il s'agit de rédiger un dossier de candidature, quand il est question ni plus ni moins de se vendre, comme un vulgaire pot de confiture. Du coup, on le fait moins souvent. Et ça fait du bien de souffler un peu, de penser à autre chose et faire autre chose que des dossiers de candidatures. Le danger est de se laisser aller à cet esprit "vacances" trop longtemps. Faut toujours se rappeler à la réalité, "eh oh truc muche, faudrait peut-être s'y remettre, non?".
Non, il n'y a pas de doute, le doute est le pire ennemi du chercheur d'emploi, il arrive sans prévenir, s'insinue doucement, et finit par vous avoir à l'usure si vous ne faites pas gaffe. Et si vous restez en gare trop longtemps, le risque est que le train de l'emploi reparte sans vous. (Et les tickets sont non remboursables). Alors quand on voit qu'on stagne, qu'est-ce qu'on fait? Une formation par-ci, un cours de langue par là, un entretien avec un Xième cabinet de recrutement, car ça a tellement bien marché avec les autres que pourquoi ne pas essayer celui-là aussi? etc. On écoute poliment nos amis et conseillers emplois nous rassurer, "non mais tu verras, là t'es dans la sale période, mais dans quelques mois tu vas trouver quelque chose, j'en suis sûr. C'est qu'un mauvais cap à passer". On veut y croire, mais bizarrement, ce speech devient de moins en moins convaincant. Alors au lieu de tourner en rond, on s'occupe. Bénévolat (même moi qui crois dur comme fer que tout travail mérite salaire, j'ai cédé), sorties entre amis (pas trop vu qu'on a pas sous, ah beh oui!), ciné (ah non ça aussi c'est trop cher maintenant, vu qu'on est plus étudiant), voyages (on en rêve). Tout comme on rêve de tout ce qu'on pourra faire le jour où on aura un revenu mensuel : déménager, emménager, enfin voyager (bon, faudra patienter un peu, mais on pourra), acheter un nouvel ordinateur et remercier l'ancien trop plein, investir, pouvoir se payer une formation complémentaire, etc. Mais surtout, on rêve du jour où on n'aura pas à se demander où on en sera dans trois mois et comment jongler avec trois centimes sur la dernière semaine du mois.
Depuis ces trois derniers mois, depuis que je suis dans cette merveilleuse phase transitoire que la Belgique qualifie de "stage d'attente", je ressens de plus en plus au quotidien comme, non pas un plafond, mais une vitrine de verre entre les gens qui ont un emploi et ceux qui n'en ont pas. On aimerait bien être comme eux, on ne demande que ça!... mais on ne l'est pas. On aimerait nous aussi intégrer cette bulle de privilégiés. En plus, ils ont tous l'air de dégager une aura, comme s'ils vivaient dans un monde rempli de ouate, tout semble tellement plus simple pour eux... Ca pique d'autant plus l'ego quand tous vos potes y sont déjà et que vous avez l'impression, c'est le cas de le dire, d'être resté sur le carreau.

Jalousie? Un peu sûrement. Mais de l'impatience surtout, je ne connais pas un seul demandeur d'emploi qui dans le fond ne souhaiterait pas être embauché dès demain. Non, nous ne sommes pas une bande de glandeurs. Non, nous ne sommes pas moins compétents que vous autres travailleurs. Car la recherche d'emploi en fin de compte n'est pas tant une recherche qu'une loterie. C'est à qui postulera le premier au bon endroit au bon moment. Ni plus ni moins. Reste à voir si la chance me sourira plus ici qu'au lotto.